Depuis 9 ans, Emergence est un tremplin pour les jeunes chimistes

Institutionnel

Le programme Emergence, qui accompagne les chargées et chargés de recherche et les enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs en début de carrière, a été lancé par CNRS Chimie en 2017. Trois lauréats témoignent, plusieurs années après, sur les opportunités que leur a offertes ce dispositif.

« Emergence » : un nom familier pour les chimistes du CNRS. Lancé en 2017, ce programme accompagne les chargées et chargés de recherche et les enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs 4 à 9 ans après leur recrutement, qu’ils soient issus de laboratoires de CNRS Chimie ou rattachés à une section de chimie du Comité national de la recherche scientifique (CoNRS)1 .

« L’objectif de ce dispositif est d’aider nos chercheurs en début de carrière à émerger, en leur donnant davantage de visibilité au sein de la communauté », expose Sandrine Sagan, directrice de CNRS Chimie. « C’est une opportunité unique pour tester de nouvelles idées, sans aucun autre a priori que le caractère intéressant du projet et sa rupture par rapport à l’état de l’art. »

Depuis 9 ans, cet encouragement à la prise de risque porte ses fruits. Les deux atouts du dispositif : il accorde aux bénéficiaires une allocation postdoctorale de 18 mois et une dotation de 15 000 euros. A cela s’ajoute la facilité de réponse : une lettre d’intention en une page pour la première phase, trois pages pour les candidats présélectionnés. Chaque année, entre 80 et 120 dossiers de candidature sont déposés, pour une quinzaine de lauréats.

Parmi eux, Vincent Démery. Enseignant-chercheur à l’ESPCI au sein du laboratoire Gulliver2 , il avait candidaté en 2021. « Mon projet était de déterminer la structure des liquides actifs, des liquides dans lesquels les ‘‘particules’’ sont capables de se propulser, comme des cellules ou des oiseaux, en présence d'interactions d'alignement », détaille le chimiste parisien. Si le délai serré pour le recrutement d’un post-doctorant le contraint à réorienter ses recherches vers l’apprentissage des interactions entre particules actives à partir de vidéos expérimentales, il ne regrette pas l’expérience : « Paradoxalement, le fait d’avoir choisi quelqu’un qui ne correspondait pas au profil escompté m’a fait faire un pas de côté et m’a conduit à traiter une question originale. Je suis très content du résultat final », salue l’enseignant-chercheur, qui a publié les résultats issus de ces travaux en septembre 2025.

Une satisfaction partagée par Aude Demessence, chercheuse CNRS à l’Institut de recherches sur la catalyse et l’environnement de Lyon (IRCELYON)3 . La chimiste lyonnaise avait candidaté au programme Emergence en 2019 pour un projet sur la synthèse et l’étude des propriétés optoélectroniques de polymèresde coordination anisotropes. « Avec la post-doctorante recrutée, Shefali Vaidya, nous avons pu étudier une nouvelle famille de thiolates d’or monodimensionnels et émissifs dans le rouge sous une lumière UV », se remémore la chercheuse. « Ces travaux nous ont permis de mettre en évidence la possibilité de former du verre avec ces thiolates d’or amorphes et, surtout, d’induire un changement de phase réversible d’amorphe à cristallin en fonction de la température. » Des résultats qui ont ensuite permis à Aude Demessence de poursuivre avec un financement de l’Agence nationale de la recherche en 2024. Six ans après, la chercheuse souligne : « L’appui d’Emergence a été un véritable tremplin. »

« Le programme Emergence s’est révélé être un soutien déterminant pour mon équipe », confirme Philippe Peixoto, chercheur à l’Institut des sciences moléculaires (ISM)4  et lui-même bénéficiaire du dispositif en 2019. Le chimiste bordelais s’intéresse alors à la synthèse totale du (+)-myrioneurinol, un alcaloïde tétracyclique complexe montrant des activités antiparasitaires intéressantes, notamment contre Plasmodium falciparum, responsable du paludisme. « La synthèse totale est une discipline exigeante, qui présente un risque élevé de ne jamais toucher au but », constate le chercheur à l’ISM. « Malgré son intérêt pour accéder à de nouveaux motifs moléculaires d’intérêt, ces difficultés intrinsèques rendent son financement peu aisé. Dans ce contexte, le programme Emergence m’a permis de réunir les ressources nécessaires pour développer mon projet. » Six ans plus tard, le bilan est positif : les premières synthèses totales asymétriques des deux énantiomères du myrioneurinol, rendues possibles par le financement de CNRS Chimie, ont conduit à un brevet5  et une publication. « Emergence est une opportunité incontournable pour nos jeunes collègues qui lancent leur carrière. C’est un guichet qu’il faut absolument pérenniser ! » conclut Philippe Peixoto.

Rédacteur : CD

  • 1Depuis septembre 2025, le périmètre et la numérotation des sections du CoNRS ont évolué. La chimie est désormais concernée par les sections 13 à 18 (contre 11 à 15 auparavant).
  • 2laboratoire CNRS/ESPCI-PSL
  • 3laboratoire CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1
  • 4laboratoire CNRS/Université de Bordeaux/Bordeaux INP
  • 5Denizet, A. ; Toullec, P. ; Peixoto, P. A. FR2408269

Les lauréats de l'appel Emergence 2026

En 2026, 18 lauréats bénéficieront du programme Emergence. Retrouvez la liste des bénéficiaires et leurs projets.

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Communication CNRS Chimie