Manuel Rodriguez récompensé pour ses recherches contre le cancer

Distinctions

Directeur de recherche au Laboratoire de chimie de coordination (LCC), Manuel Rodriguez a reçu le 17 septembre le Grand Prix de la Recherche en Cancérologie 2026 de la Fondation Toulouse Cancer Santé. Cette distinction récompense un parcours consacré à la compréhension des mécanismes impliqués dans le cancer et au développement de nouvelles approches thérapeutiques, notamment fondées sur la dégradation ciblée des protéines.

De la virologie à la cancérologie, de la biologie moléculaire à la conception de molécules thérapeutiques : depuis plus de trente ans, Manuel Rodriguez poursuit un même objectif, celui de produire des connaissances qui puissent, à terme, bénéficier aux patients.

Originaire du Mexique, il arrive en France en 1992 pour réaliser une thèse à l’Institut Pasteur, dans le contexte de l’épidémie de VIH/sida. Il s’intéresse ensuite aux virus impliqués dans le développement de certains cancers, les oncovirus, avant d’élargir progressivement ses recherches au cancer et notamment aux mécanismes de résistance aux traitements : 

J’ai toujours eu à cœur de faire une science intellectuellement intéressante, mais surtout avec un intérêt social derrière.
Manuel Rodriguez, Directeur de recherche au Laboratoire de chimie de coordination (LCC)

Recruté au CNRS en 2000, il effectue une partie de sa carrière en Espagne avant de revenir en France et de rejoindre Toulouse en 2015.

Comprendre les résistances aux traitements

Pourquoi des patients atteints d’une même pathologie peuvent-ils répondre différemment à un traitement ? Cette question occupe une place centrale dans les recherches de Manuel Rodriguez. Après s’être intéressé à différents modèles de résistance aux chimiothérapies, le chercheur s’est notamment tourné vers les mécanismes qui contrôlent le niveau des protéines dans les cellules, qu’il s’agisse de leur synthèse ou de leur dégradation. Avec ses équipes, il développe des outils moléculaires pour mieux comprendre ces mécanismes et identifier des différences entre cellules saines et malades. Ces travaux permettent notamment de rechercher des biomarqueurs susceptibles d’aider à mieux caractériser les patients et leur réponse potentielle aux traitements. 

On peut avoir la même pathologie, la même maladie, et ne pas répondre de la même manière au traitement.

Ces mêmes outils permettent également d’identifier des cibles potentielles à partir desquelles peuvent être développées de nouvelles molécules thérapeutiques. C’est ici que la rencontre entre biologie et chimie prend tout son sens. 

Dégrader les protéines plutôt que simplement les bloquer

Depuis son arrivée à Toulouse, Manuel Rodriguez travaille avec les chimistes du Laboratoire de chimie de coordination au développement de molécules thérapeutiques de nouvelle génération. Parmi les pistes explorées figure la dégradation ciblée des protéines. Le principe consiste à détourner la machinerie naturelle de dégradation des protéines présente dans nos cellules Appliquée au cancer, cette approche vise à éliminer une protéine identifiée comme jouant un rôle dans la maladie. 

Si on sait qu’une protéine est responsable de la maladie, on peut la dégrader. […] On appelle ça une dégradation ciblée des protéines.

La chimie est alors essentielle pour concevoir les molécules capables d’interagir avec les cibles identifiées. Manuel Rodriguez souligne les possibilités offertes par la chimie de synthèse pour créer et modifier des molécules en fonction des propriétés recherchées. 

Leur développement nécessite ensuite un important travail de caractérisation biologique et physicochimique, notamment pour étudier leur stabilité ou encore leur perméabilité.  L’équipe s’intéresse en particulier à la possibilité d’associer certaines de ces molécules à des traitements auxquels des modèles de cancer sont devenus résistants. Les recherches se situent cependant encore au stade préclinique. 

La chimie nous donne la possibilité de donner des alternatives à des traitements qui, pour l’instant, ne sont probablement pas très efficaces.

De la recherche fondamentale au transfert

Cette volonté de développer des outils issus de la recherche a également conduit Manuel Rodriguez à co-fonder BMolecular, basée au Centre Pierre Potier à Toulouse, dont il est directeur scientifique. L’entreprise contribue notamment à la diffusion d’outils moléculaires développés dans le cadre de ses recherches, pour la détection et, à terme, pour la thérapie.  Cette démarche entrepreneuriale lui avait déjà valu le Prix de la création d’entreprise 2022 de Toulouse Tech Transfer. 

Ses recherches sur la dégradation ciblée des protéines ont également bénéficié d’un financement de la Fondation Toulouse Cancer Santé. Un projet dont les premiers travaux ont contribué à la reconnaissance aujourd’hui accordée à l’ensemble de son parcours. 

Une distinction collective

Avec ce Grand Prix de la Recherche en Cancérologie 2026, Manuel Rodriguez voit avant tout la reconnaissance d’un travail mené collectivement au fil des années et des laboratoires. Chercheurs, étudiants et personnels administratifs ayant accompagné ses travaux sont ainsi pleinement associés à cette distinction. Le chercheur évoque volontiers son rôle de « chef d’orchestre », tout en insistant sur les efforts accomplis par les nombreuses personnes qui ont contribué à ces recherches. 

Le prix ne marque toutefois pas la fin du chemin.  Parmi la centaine de molécules développées par l'équipe, seule une partie a aujourd'hui été caractérisée en profondeur. L'objectif est désormais d'identifier les plus prometteuses et de poursuivre leur développement vers les phases précliniques.