Le Japon distingue Christian Serre pour ses travaux pionniers sur les MOFs

Distinctions

Christian Serre, chercheur au CNRS depuis 2001, a reçu le 18 septembre 2026 le Prix international de la société de chimie de coordination japonaise, l'une des plus hautes distinctions de cette discipline. Cette récompense salue plus de vingt ans de travaux pionniers sur les MOFs1, de la genèse de ces solides poreux aux applications prometteuses dans les domaines de l'environnement, l’énergie et la santé.

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    Metal-Organic Frameworks ou réseaux métallo-organiques en français

Formé à l’ESPCI2, Christian Serre s’intéresse très tôt, dès ses travaux de thèse puis de jeune chercheur CNRS à l’Institut Lavoisier de Versailles, aux solides poreux dont les MOFs ou Metal-Organic Frameworks, un domaine alors encore émergent. Ces composés sont issus de la chimie de coordination, qui associe des métaux à des ligands (des molécules organiques) pour créer des complexes métalliques ou des réseaux étendus. 

C’est aussi pour ses travaux précurseurs que Christian Serre a reçu en 2006 la médaille de Bronze du CNRS. 

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    École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris

J’ai toujours senti un fort soutien du CNRS, pas seulement pour notre recherche, mais aussi pour cette thématique émergente.
Christian Serre

Une carrière marquée par un engagement dans le développement durable

Ses recherches ont mené à la découverte de matériaux poreux de référence tels que les MOFs stables à grands pores, la porosité dynamique (flexibilité), des MOFs biocompatibles et biodégradables, ou encore des solides poreux au titane photoactifs. Ces avancées ont notamment permis d’accéder à des matériaux dont les propriétés peuvent être adaptées à différents usages, en jouant sur la taille de leurs pores, leur flexibilité ou encore leur composition.

Les recherches de Christian Serre et de son équipe ne se limitent pas à l’exploration de nouveaux solides poreux. Un certain nombre de ces travaux ont par ailleurs des retombées environnementales concrètes. 

Dès 2007, les propriétés remarquables de certains MOFs pour la capture du CO2 dans les fumées d’usine ont ainsi été mises en évidence. 

En parallèle, il développe des matériaux poreux capables de piéger et de dégrader les polluants de l’air intérieur. 

Certains MOFs à base de ligands pyrazoles*, piègent sélectivement les traces de formaldéhyde** dans l’air. Nos MOFs au fer sont les seuls catalyseurs capables de dégrader les oxydes d’azote à température ambiante.

*Ligand pyrazole : molécule organique entrant dans la composition du matériau.

** Formaldéhyde : polluant de l’air intérieur.

Certains de ces composés trouvent aussi des applications inattendues dans la protection du patrimoine, en piégeant certains polluants acides présents dans l’air.

Enfin, certains MOFs se sont avérés d’un grand intérêt pour la déshumidification ou une climatisation plus efficace, moins énergivore : « Certains de nos solides poreux biosourcés comptent parmi les adsorbants les plus efficaces pour le transfert de chaleur à base de vapeur d’eau. »

De la recherche aux applications concrètes

Christian Serre et ses collègues ont entrepris de longue date à valoriser les résultats issus de la recherche fondamentale. 

Il explique ainsi : « Notre start-up Squair Tech développe actuellement des solutions à base de MOFs pour la qualité de l’air intérieur». Cette société, cofondée par Christian Serre en 2021, s’appuie sur des brevets développés au CNRS. 

Le chercheur a également cofondé en 2026 Exora, une startup qui ambitionne de développer des procédés efficaces et durables pour récupérer la chaleur fatale.

Des matériaux prometteurs pour la santé

D’autres applications concernent le domaine de la santé, pour traiter des pathologies comme le cancer ou les infections bactériennes.

Par rapport aux autres nanoparticules à base de polymères ou les liposomes***, nos (nano)matériaux, biocompatibles et biodégradables, permettent d’encapsuler des quantités records de principes actifs le tout avec une libération contrôlée au sein des cellules cibles ». Des tests cliniques sont en cours avec ce type de nanomédicaments.

*** Lipsome : petite capsule utilisée pour transporter des substances actives jusqu’aux cellules.

Décerné à des chercheurs confirmés pour l'ensemble de leur carrière, le Prix international de la société de chimie de coordination japonaise récompense cette année un parcours scientifique marqué par des découvertes majeures dans le domaine des MOFs, mais aussi pour leur transfert vers des applications concrètes.

Être récipiendaire de ce prix constitue une distinction particulière pour Christian Serre.

C’est une reconnaissance de l’impact de ma recherche pour une chimie plus durable et au sein de la communauté des MOFs.

C’est à l’occasion du 76e Congrès de la Société de Chimie de Coordination Japonaise (JSCC) que ce prix prestigieux lui a été remis à Kyoto le 18 septembre 2026.

20 ans de distinctions

2006 : Médaille de bronze CNRS

2008 : Lauréat de l’European Research Council (ERC)

2011 : Prix de la division de chimie du solide de la société chimique de France

2016 : Médaille Berthelot et prix fondé par l’état de l’Académie des sciences

2024 : Elu membre de l’Académie des sciences

2025 : Elu membre de l’Académie Européenne des sciences

2026 :  Prix international de la société de chimie de coordination japonaise (JSCC)

Contact

Christian Serre
Chercheur à l'Institut des matériaux poreux de Paris (CNRS/ENS Paris/ESPCI Paris/PSL Université)
Communication CNRS Chimie