EVA JAKAB TOTH : Une chercheuse pour y voir clair sur L’IRM

Entretiens

Chercheuse en chimie bio-inorganique, Eva Jakab Toth est spécialisée dans la conception et la caractérisation de sondes d’imagerie. Elle dirige le Centre de biophysique moléculaire CNRS d'Orléans.

 

L’invitation à participer à l’ouvrage collectif Étonnante chimie ![1] faite à Eva Jakab Toth lui a permis de présenter à un large public un domaine scientifique qui est à la frontière de la chimie et la santé. L’idée de participer au livre l’a rapidement séduite : « J’ai toujours été convaincue que notre rôle était d’expliquer notre travail au grand public, aux étudiants, et de faire tout ce qui était en notre pouvoir pour intéresser la jeune génération à la chimie. Ils sont notre relève ».

Plusieurs actions globales sont entreprises au sein du laboratoire afin de faire connaître les différents acteurs de la recherche. Contribuer au livre Étonnante chimie ! en est une et, à travers leur chapitre, Eva Jakab Toth et sa co-autrice Bich-Thuy Doan présentent la création de nouveaux outils chimiques destinés à améliorer les performances de l’imagerie médicale.

L’IRM est largement utilisée en radiologie clinique depuis trente ans environ, car elle permet une visualisation très précise de la morphologie du corps (par ex. des tumeurs). Eva Jakab Toth cherche à aller plus loin et à optimiser l’usage de cet outil en proposant des molécules (agents intelligents) qui permettent d’en savoir encore plus sur la nature d’une maladie.

Si les molécules des tissus malades sont mieux caractérisées, cela permettra aux médecins d’améliorer les traitements. « Nous cherchons de nouvelles molécules qui aident à déterminer le profil d’une tumeur cancéreuse. Un tel agent de contraste injecté dans le corps d’un patient sera capable de livrer des informations précises sur la constitution moléculaire d’une tumeur, explique-t-elle. Ces techniques seront beaucoup moins invasives que les biopsies ».

Visualiser la signature moléculaire d’une tumeur sur des images IRM, en utilisant un agent de contraste intelligent, peut faciliter considérablement le dépistage et permettre des diagnostics précoces.

Eva Jakab Toth parle de son métier de scientifique avec passion. Au-delà d’y trouver des sources de satisfactions inépuisables, c’est pour elle une façon de voir le monde avec curiosité et de le comprendre.

Concernant la filière chimie, la directrice de recherche qu’elle est remarque que les femmes sont plutôt bien représentées au niveau universitaire et dans les laboratoires mais que leur présence se raréfie dans les grades supérieurs et dans les directions avancées. Chercheuse de renom et très active au sein de réseaux de coopération scientifique, elle se souvient d’une réunion importante à Bruxelles, où parmi une quarantaine d’hommes participants, elle est la seule femme avec une autre dans l’assemblée. « C’est quand même un sentiment étrange » concède-t-elle un peu pensive.

 « Le CNRS a pourtant une politique volontariste dans le domaine de la promotion de la place des femmes. Il y a des choses qui bougent significativement. » souligne avec enthousiasme Eva Jakab Toth. Mais elle estime également que parfois les femmes ont à tort un sentiment d’infériorité qu’il faut les aider à dépasser tout en respectant leurs choix.

Par Zahra Muyal

Contact

Eva Jakab Toth
Chercheuse, Centre de biophysique moléculaire d'Orléans (CNRS)
Stéphanie Younès
Responsable Communication - Institut de chimie du CNRS
Anne-Valérie Ruzette
Chargée scientifique pour la communication - Institut de chimie du CNRS
Christophe Cartier dit Moulin
Chercheur à l'Institut parisien de chimie moléculaire & Chargé de mission pour la communication scientifique de l'INC