D'Orléans à Nairobi : deux chimistes symboles de la collaboration scientifique entre l’Europe et l’Afrique

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Depuis leur rencontre en avril 2025, les chercheuses Conchi Ania et Bridget Mutuma multiplient les initiatives en faveur de la restauration d’environnements contaminés et de la collaboration scientifique entre leurs continents.

« J’ai de nouveau eu la confirmation que les colloques sont autant un moyen de présenter ses travaux que de faire de belles rencontres », s’enthousiasme Conchi Ania, directrice de recherche CNRS au laboratoire Conditions extrêmes et matériaux : haute température et irradiation (CEMHTI)1  à Orléans, à propos de sa nouvelle collaboration avec la chercheuse kényane Bridget Mutuma. 

Des expertises complémentaires

C’est en avril 2025, à l’occasion d’une conférence entre le CNRS et l’Académie africaine des sciences (AAS), que les deux chercheuses se rencontrent pour la première fois. D’un côté, Bridget Mutuma : lauréate du programme ARISE, un dispositif de l’AAS comparable aux financements du Conseil européen de la recherche (ERC), la chimiste à l’Université de Nairobi ambitionne de développer un nanoréacteur à faible coût pour surveiller les polluants environnementaux et les nanoplastiques. Les oxydes métalliques associés à ces réacteurs doivent en effet permettre de détecter les composés toxiques présents dans l’air, mais aussi de dégrader les particules de plastique dans les eaux usées grâce à la photocatalyse. Cerise sur le gâteau : Bridget Mutuma prévoit d’élaborer les réacteurs à base de nanomatériaux dérivés de déchets plastiques, réduisant à la fois l’impact environnemental et le coût du projet.

Une thématique qui répond à celles de Conchi Ania au CEMHTI. Au cœur des travaux de la chercheuse, lauréate d’une bourse ERC Consolidator en 2016 et médaille d’argent du CNRS en 2023, se trouvent en effet les matériaux carbonés nanoporeux, dont les pores de dimension nanométrique permettent d’adsorber sélectivement et efficacement des molécules cibles. Ces propriétés exceptionnelles leur confèrent ainsi de multiples applications, notamment dans la dépollution de l’eau et de l’air, mais également dans la conversion de l’énergie solaire. « Nos sujets de recherche et nos expertises complémentaires nous ont rapidement convaincues de développer un projet en commun », détaille la chercheuse orléanaise. « Nous souhaitons élaborer des photocatalyseurs actifs dans le spectre solaire pour le traitement de l’eau. Cette solution nous paraît intéressante à double titre : elle permet de répondre à un besoin – celui de la dépollution de l’eau – tout en utilisant pour ce faire une source d’énergie renouvelable et abondante sur le continent africain : la lumière du soleil. »

  • 1laboratoire CNRS
Bridget Mutuma et Conchi Ania (au centre) multiplient les initiatives en faveur de la restauration d’environnements contaminés et de la collaboration scientifique entre l'Europe et l'Afrique © ERC 2025

Une proactivité érigée en symbole de la collaboration scientifique euro-africaine

Souhaitant consolider leur collaboration naissante autour de ce projet, les deux chimistes multiplient les initiatives. Bridget Mutuma s’est ainsi rendue au CEMHTI en octobre 2025, soutenue par un financement de l’ambassade de France au Kenya et du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace. Un appui que salue la jeune chercheuse kényane : « Cette opportunité a été déterminante en ce qu’elle m’a permis d’acquérir une expérience pratique inestimable dans le domaine de la caractérisation avancée des nanomatériaux au sein d'un laboratoire de pointe. » Et de citer d’autres pistes pour renforcer leur partenariat : un financement en vue de l’encadrement d’un doctorant en cotutelle, des échanges d’échantillons…

Une proactivité mise en avant comme un symbole des collaborations entre les deux continents à l’occasion de la signature à Bruxelles, le 23 octobre 2025, de l’accord entre le Conseil européen de la recherche et l’Académie africaine des sciences. « Cet accord renforce notre démarche, puisqu’il encourage les lauréats du programme ARISE à lancer des collaborations avec des lauréats de bourses ERC, ce qui est notre cas avec Bridget Mutuma », salue Conchi Ania.

La chimiste orléanaise se projette vers l’avenir : « Je vois de nombreuses possibilités pour continuer de développer notre partenariat ». Parmi les projets envisagés, les deux chercheuses citent le dépôt d’un financement « Erasmus Capacity Building in Higher Education », qui vise à améliorer les outils de formation par le biais d’échanges d’enseignants, ou encore la candidature à LEAP Re, un programme entre l’Europe et l’Afrique autour des énergies renouvelables. Une collaboration dont la visibilité est appelée à se renforcer, alors que le CNRS a ouvert un bureau de représentation à Nairobi en octobre 2024.

Rédacteur : CD

Contact

Conchi Ania
Chercheuse au laboratoire Conditions extrêmes et matériaux : haute température et irradiation (CNRS)
Communication CNRS Chimie