Comment la chimie contribue-t-elle concrètement à l'écoconception ?
« Comment concevoir des matériaux et des procédés plus durables dès leur création ? ». C'est à cette question qu'ont répondu chercheurs, industriels et institutionnels réunis lors du colloque interdisciplinaire « Écoconception », organisé par le CNRS dont la synthèse a été publiée le 15 juin 2026. Au cœur des échanges : imaginer des matériaux, des procédés et des usages capables de réduire les impacts environnementaux tout au long du cycle de vie des produits.
Penser l'environnement dès la conception
L’écoconception s’inscrit dans une logique de transition écologique et a pour objectif de limiter les impacts environnementaux à toutes les étapes du processus d’un produit : conception, fabrication, usage et obsolescence. L’Analyse du Cycle de Vie (ACV) constitue la méthodologie de référence pour mesurer le degré d’écoconception. Elle se décline en une pluralité de concepts, développés par des scientifiques et des industriels, en fonction du contexte dans lequel elle s’applique. C’est ce qu’on appelle la « technodiversité ».
Le rôle de la chimie bio-inspirée
Un des principaux enjeux de l’écoconception est de remplacer le pétrole par des matériaux plus respectueux de l’environnement. La lignine, le deuxième biopolymère le plus abondant sur Terre, constitue une bonne alternative d’après Sylvain Caillol (ICGM1).
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Institut Charles Gerhardt Montpellier
Concevoir une chimie plus durable
Au-delà des approches bio-inspirées, le colloque a également mis en lumière des travaux visant à repenser les techniques de conception, afin de réduire leur impact environnemental.
Karine De Oliveira Vigier (IC2MP2) a par exemple axé ses recherches sur le développement de méthodes d’activation « non conventionnelles », sans usage de solvants pour exploiter les hydrates de carbone, présents dans 75% de la biomasse. Il existe ainsi la mécanochimie, qui s’appuie sur la force mécanique, et l’usage d'ultrasons haute fréquence.
D'autres approches cherchent à élargir les critères d'évaluation de l'écoconception. La chimie de la résilience, présentée par Pascal Xavier et Jean Martins, propose d'intégrer l'écotoxicité dans l'Analyse du Cycle de Vie afin d'évaluer non seulement les émissions de carbone, mais également les effets potentiels sur la santé humaine, les sols ou les milieux aquatiques.
Même les outils qui permettent de rendre la chimie plus verte doivent être interrogés
Dorothée Laurenti (ThermoBio3) a néanmoins soulevé un paradoxe dans l’écoconception. En effet, en chimie les catalyseurs ont un rôle essentiel pour limiter la production d’énergie et de déchets.
Pour pallier ce problème, elle a favorisé l’usage de métaux abondants dans les catalyseurs, pour remplacer les métaux critiques et polluants à extraire, comme la platine et le palladium.
L'écoconception ne s'arrête pas à la fabrication
Jean-François Gérard, (ancien directeur du PEPR Recyclage, IMP4) défend l'intégration de la séparabilité des matériaux dans les démarches d'écoconception, afin de ne sélectionner que celles qui sont les plus simples à recycler. Il questionne également les usages des produits.
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Ingénierie des matériaux polymères
Un défi partagé avec les industriels
Les acteurs industriels, présents au colloque comme Saint-Gobain, Safran ou encore STMicroelectronics, ont également présenté les manières dont ils intègrent l’écoconception à leurs productions.
Au fil des interventions, un constat s'est imposé : l'écoconception ne consiste plus simplement à réduire les impacts environnementaux d'un produit existant. Elle invite à repenser, dès l'origine, les matériaux, les procédés et les usages. En mobilisant des approches allant de la chimie bio-inspirée aux nouvelles méthodes de synthèse, en passant par le recyclage ou l'analyse du cycle de vie, les chimistes contribuent à construire les bases d'une innovation plus durable.