Douleurs chroniques : de nouvelles molécules pour mieux soulager les patients
Des scientifiques du Centre national de la recherche scientifique et de leurs partenaires ont identifié deux molécules capables de réduire durablement des douleurs inflammatoires et neuropathiques chez l’animal. En ciblant de manière originale un récepteur de la sérotonine impliqué dans la modulation de la douleur, ces composés limitent également les mécanismes neuro-inflammatoires associés aux douleurs chroniques, sans perte apparente d’efficacité après administration répétée.
Près d’une personne sur cinq dans le monde souffre de douleurs chroniques. Qu’elles soient inflammatoires ou neuropathiques, elles altèrent durablement la qualité de vie et restent difficiles à traiter. Les médicaments disponibles ne sont soit pas toujours efficaces ou provoquent des effets secondaires importants. On peut citer comme exemple les douleurs provoquées par une lésion du système nerveux qui résistent souvent aux traitements classiques comme les anti-inflammatoires et répondent mal aux antidépresseurs ou aux antiépileptiques actuellement prescrits. Quant aux opioïdes, leur usage prolongé expose à des risques importants de dépendance et de perte d’efficacité. La douleur chronique constitue donc aujourd’hui encore un enjeu majeur de santé publique.
Les récepteurs neuronaux présents à la surface des neurones sont des protéines essentielles au système nerveux central. Parmi eux, l’un de ses récepteurs, appelé récepteur 5-HT7, est connu pour jouer un rôle clé dans la modulation de la douleur. Ainsi, l’identification de ligands spécifiques de ces récepteurs, capables d’activer ce récepteur et de réduire la douleur présente un énorme intérêt d’un point de vue thérapeutique.
Des scientifiques du Centre de biophysique moléculaire d’Orléans (CNRS), en collaboration avec l’Institut de chimie organique et analytique (CNRS/Université d’Orléans) et l’EPSM (Etablissement public en santé mentale) du Loiret Georges Daumézon, viennent d’identifier deux molécules capables de cibler spécifiquement le récepteur 5-HT7 et de réduire efficacement plusieurs formes de douleur chez l’animal en.
Baptisées Serodolin et MOA51, ces molécules se fixent sur le récepteur 5-HT7 de la sérotonine et “pilotent” ses fonctions de manière sélective. Elles bloquent certaines voies d’activation tout en déclenchant d’autres mécanismes cellulaires utiles pour réduire la douleur et l’inflammation. Les scientifiques ont ensuite évalué leurs propriétés pharmacologiques dans plusieurs modèles animaux de douleurs inflammatoires et neuropathiques.
Pour des inflammations persistantes ou des douleurs aiguës, la Serodolin et le MOA51 diminuent les réponses douloureuses avec une efficacité parfois comparable à celle de la morphine. Dans le cas de lésions nerveuses, certaines cellules immunitaires du système nerveux entretiennent un état inflammatoire favorisant la douleur. Les scientifiques montrent que la Serodolin et le MOA51 réduisent cette activation cellulaire ainsi que la production des molécules qui favorisent l’inflammation. Leurs travaux montrent également une bonne tolérance biologique des deux molécules chez l’animal sans modification des paramètres sanguins ni signe d’inflammation systémique.
Même s’ils doivent encore être confirmés avant d’envisager une application clinique chez l’être humain, ces résultats, publiés dans la revue ACS Chem Neuroscience, mettent en évidence le potentiel thérapeutique de ces molécules ciblant le récepteur 5-HT7 pour traiter les douleurs inflammatoires et neuropathiques. À terme, cette approche pourrait contribuer au développement d’antalgiques plus ciblés, plus durables, et associés à moins d’effets secondaires que les traitements actuels.
Rédacteur : CCdM
Références
Fahima Madouri, Cyril Guimpied, Enora Pigeon, Nadège Hervouet-Coste, David Gosset, Pascal Auzou, Mélanie Kremer, Quentin Leboulleux, Marie-Aude Hiebel, Julie Le Bescont, Gérald Guillaumet, Franck Suzenet, Patrick Baril, Raphaël Serreau & Séverine Morisset-Lopez
TARGETING 5-HT7 RECEPTOR WITH BIASED LIGANDS TO ALLEVIATE PAIN AND SPINAL NEUROINFLAMMATION
ACS Chem Neuroscience 2026 doi : 10.1021/acschemneuro.5c00982 (vient juste d’être mis en ligne le 30/05/2026)
BioRXiv: doi: 10.64898/2025.12.10.693444
Contact
Séverine Morisset-Lopez, Chercheuse au Centre de biophysique moléculaire (CNRS)
severine.morisset-lopez@cnrs-orleans.fr