Prix HFSP : Quand la chimie éclaire le parasitisme des plantes
Lauréate 2026 d’une subvention de Human Frontier Science Program (HFSP), la chimiste Anne Imberty et son équipe au Centre de Recherche sur les Macromolécules Végétales (CERMAV) voient leurs travaux distingués à l’échelle internationale. Ce programme soutient des collaborations en recherche fondamentale pour décrypter les mécanismes complexes du vivant. Le projet « Checkpoint CellWall : Re-enacting the interplay between intrusive plant cells and hosts tissus » vise à mieux comprendre le parasitisme chez les plantes, un phénomène encore largement méconnu mais aux enjeux importants pour l’agriculture et les écosystèmes.
Mené en collaboration avec des équipes en Norvège et aux États-Unis, ce projet s’inscrit pleinement dans l’esprit du HFSP, qui encourage des approches novatrices entre des chercheurs issus de disciplines et d’horizons différents. Chaque partenaire apporte une expertise spécifique : étude du parasitisme végétal, analyse des biomolécules, observation des structures cellulaires grâce à des techniques de microscopie avancée, ou encore modélisation mathématique des interactions. Cette complémentarité permet d’explorer le phénomène dans toute sa complexité.
Comprendre comment une plante en parasite une autre
Au cœur de ces travaux se trouve une plante parasite appelée cuscute. Visible sous forme de filaments rouges enroulés autour de tiges d’autres plantes, elle est capable de vampiriser son hôte pour en extraire eau et nutriments nécessaires à sa survie.
Mais comment un tel mécanisme est-il possible ? Les chercheurs s’intéressent en particulier à la paroi cellulaire, une structure rigide qui entoure les cellules végétales et constitue à la fois un support et une barrière de protection. Comprendre comment une paroi hybride se forme à l’interface entre le parasite et l’hôte est un enjeu central du projet.
Le rôle clé des sucres dans ces interactions
Pour répondre à cette question, les scientifiques se penchent sur les polysaccharides, des sucres complexes qui composent notamment les parois cellulaires. Encore peu connus du grand public, ces sucres jouent pourtant un rôle essentiel dans de nombreux processus biologiques. L’analyse des polysaccharides complexes est une des spécialités du CERMAV à Grenoble.
L’équipe d’Anne Imberty est spécialisée dans l’étude de ces molécules et leurs interactions avec certaines protéines, appelées lectines. Ces dernières sont capables de reconnaître et de se fixer spécifiquement aux sucres, un mécanisme déterminant dans les processus d’infection, chez les plantes comme chez l’être humain. Dans le cadre du projet, des lectines modifiées seront utilisées comme outil de marquage spécifique de polysaccharides et seront également utilisées pour créer une paroi végétale artificielle dans un système modèle d’infection.
Des perspectives pour l’agriculture et la santé
Ces travaux de recherche fondamentale, essentiels pour décrypter les mécanismes du vivant, pourraient à terme déboucher sur des applications concrètes grâce à une meilleure compréhension du parasitisme, notamment pour protéger les cultures agricoles contre certaines plantes parasites.
Au-delà du monde végétal, ces travaux pourraient également contribuer à mieux comprendre des mécanismes similaires chez d’autres organismes, notamment dans le domaine de la santé humaine, où certains parasites utilisent des stratégies comparables pour infecter leur hôte (ex : malaria).
La chimie au cœur de la compréhension du vivant
Ce projet illustre pleinement le rôle central de la chimie dans l’étude du vivant. De l’analyse des molécules à l’observation des interactions biologiques, en passant par la conception de nouveaux outils, la chimie intervient à chaque étape.
À l’interface entre biologie, physique et mathématiques, cette approche ouvre la voie à une meilleure compréhension des phénomènes complexes et à de nouvelles perspectives en recherche.