Clément ChauvierEnseignant-chercheur à l’Institut parisien de chimie moléculaire (CNRS/Sorbonne Université)
Avec son projet RADIAL, Clément Chauvier, enseignant-chercheur à l’Institut parisien de chimie moléculaire (CNRS/Sorbonne Université), est lauréat de l’appel à projet Emergence@INC2026. Par cet appel, CNRS Chimie accompagne des chercheuses et chercheurs - chargés de recherche ou maîtres de conférences - recrutés depuis 5 à 10 ans en finançant un projet novateur et en encourageant la prise de risque.
Votre projet RADIAL propose une stratégie radicalement nouvelle s’affranchissant des réactifs organométalliques, plus durable, pour la formation de liaisons carbone-carbone. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Avec le projet RADIAL, nous cherchons à repenser la manière dont nous créons certaines liaisons chimiques fondamentales à la chimie organique, en particulier la formation de liaisons carbone-carbone. Traditionnellement, ces liaisons sont forgées en combinant un réactif organométallique, nucléophile, avec un partenaire réactionnel électrophile. Néanmoins, cette chimie ionique présente des limitations intrinsèques, liées notamment à la forte réactivité et à la sensibilité de ces espèces organométalliques.
L’approche que nous proposons est « radicalement » nouvelle, au sens où elle vise à substituer ces voies ioniques par des processus radicalaires dans lesquels les liaisons d’intérêt sont formées par recombinaison contrôlée de radicaux libres non chargés. Pour cela, nous souhaitons explorer le potentiel d’une classe émergente de réactifs : des diazènes, des composés chimiques caractérisés par la présence d’une double liaison entre deux atomes d’azote, substitués par des éléments tels que le bore, l’aluminium ou le silicium, capables de générer des radicaux de manière maîtrisée. En combinant expérimentation et modélisation théorique (calculs DFT), nous espérons valider cette nouvelle stratégie et proposer une alternative plus durable aux méthodes ioniques actuelles.
En quoi cette recherche est-elle émergente et à risque ?
Le projet RADIAL se situe en rupture avec l’état de l’art, puisqu’il propose d’aborder, sous l’angle de la chimie radicalaire, des transformations classiquement réalisées en régime ionique. Cette approche repose sur le développement de diazènes innovants, dont le potentiel comme précurseurs de radicaux libres n’a, à ce jour, jamais été exploré. Le caractère à risque du projet est donc double : il concerne à la fois la synthèse de ces nouveaux réactifs et l’exploration de leur réactivité encore largement inconnue. Ce caractère exploratoire en fait néanmoins un terrain particulièrement propice à l’émergence de concepts et de réactivités inédites.
Quelles pourraient-en être les principales retombées ?
Sur le plan scientifique, RADIAL ambitionne d’enrichir la « boîte à outils » des chimistes en proposant des méthodes de synthèse inédites, plus douces et plus efficaces, pour la formation de liaisons carbone–carbone. Au-delà de l’aspect méthodologique, ce projet pourrait également faire émerger un nouveau paradigme mécanistique en chimie organique. Enfin, à titre personnel, le financement Emergence@INC2026 constitue un véritable tremplin en me permettant d’asseoir mon indépendance scientifique autour d’une thématique encore émergente, aujourd’hui trop exploratoire pour être engagée dans un projet de recherche partenariale.
Rédacteur : CCdM